Patient / client : quel dilemme !

En créant mon site, je me suis retrouvée à nouveau confrontée à ce dilemme dans l’utilisation des mots « patient » ou « client »…et vous savez quoi ? Je ne l’ai toujours pas résolu car aucun ne me satisfait vraiment.

J’utilise donc soit « client / patient » comme s’il s’agissait d’un seul mot soit encore j’opte pour « la personne accompagnée ».

Mais d’où vient ce dilemme ?

Le mot patient est dérivé du mot latin  patiens, participe présent du verbe déponent pati, signifiant « celui qui endure » ou « celui qui souffre ».

En effet, nous connaissons tous l’usage du terme « patient » dans le domaine médical où la personne en souffrance (physique et/ou psychique) se plaint d’un mal et s’en remet au médecin, à ses connaissances, à son expertise pour la soigner, et, si possible, la guérir.

Et s’il est tout à fait juste de dire qu’une personne qui entreprend une thérapie est en souffrance et donc se plaint d’un mal (-être), il n’est par contre pas correct de dire qu’elle subit, qu’elle endure. Au contraire, la personne qui s’adresse à un/e thérapeute décide, agit, s’engage et s’implique et a conscience (ou l’aura très rapidement) qu’elle seule peut décider ou non d’aller mieux, d’amorcer un changement.

Et c’est donc là que le terme « patient » ne me convient pas tout à fait dans le domaine de la relation thérapeutique puisqu’il s’agit d’une démarche impliquante et responsabilisante de la part du sujet. D’autre part, s’il est certain que le thérapeute a une l’expertise (formation rigoureuse et travail personnel conséquent),  c’est la rencontre, la relation qui prime et qui soigne. C’est l’accueil du vécu de la personne en demande d’accompagnement et la co-construction de sens qui vont permettre à cette dernière de devenir plus libre et responsable de sa vie.

D’ailleurs, Carl Rogers* a remplacé le mot « patient » par « client » pour souligner le rôle actif de ce dernier : « lui seul sait ce qui lui convient, c’est donc à lui de mener la démarche thérapeutique. Le thérapeute ne peut en aucun cas se substituer à lui, c’est pourquoi il n’impose rien, ne conseille et n’interprète pas, mais accompagne la personne dans son travail d’évolution et de changement. »

Carl Rogers

* Né en 1902 aux Etats-Unis, ce psychopédagogue a rejeté les principaux courants psychologiques de son époque, la psychanalyse freudienne et le behaviorisme (étude des comportements), pour forger sa propre théorie. C’est le premier praticien à s’être livré à des enregistrements sonores et vidéo de ses séances, et à entreprendre des recherches sur le processus thérapeutique et ses résultats.

C’est également lui qui a instauré la supervision des thérapeutes. Privilégiant les qualités personnelles aux diplômes, il a ouvert la psychothérapie aux professions non médicales et développé la relation d’aide (counseling). Une approche qui devient célèbre dans les années 60 sous le nom de méthode « non directive ».

Auteur, conférencier, chercheur, Carl Rogers s’est intéressé à tout ce qui concerne les relations humaines : le couple, la famille, l’enseignement, la vie sociale et politique… Son travail a totalement transformé l’art de l’écoute, non seulement dans le domaine des professions d’aide, mais aussi dans celui de de la communication, de l’entreprise et du commerce. Il s’est éteint en 1987, alors que son nom venait d’être proposé pour le prix Nobel de la paix.

Extrait de « L’approche centrée sur la personne », article de Psychologies, juin 2018

Mais pourquoi encore ce dilemme alors ?

Parce que, si je suis pleinement en accord avec la vision de Carl Rogers, j’ai conscience que dans l’usage courant, le terme « client » a clairement et majoritairement une connotation commerciale et que la plupart des gens butent sur ce terme ;  ils sont souvent choqués par l’emploi de ce terme dans le cadre thérapeutique.

Par conséquent, quand il m’arrive de l’utiliser, j’observe très régulièrement un froncement de sourcils et je me dois de justifier mon choix. Ce qui n’est pas toujours confortable.

Ceci explique pourquoi vous trouvez sur mon site les termes « patient » et « client » reliés ou d’autres termes qui tournent autour.

Moi je reste avec ce dilemme, mais vous, au moins, vous avez une explication.